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Les problèmes de l'environnement et les solutions bahá'íes
Par Arthur Lyon Dahl Ph. D.,Genève, Suisse
Publié dans La Pensée Bahá'íe, Printemps 2008, n° 149/150, p. 18-33

Les problèmes de l'environnement se sont imposés comme
des enjeux majeurs de notre époque malgré les efforts des
économistes, des responsables politiques et des milieux
d'affaires pour les ignorer. On peut penser que des questions
scientifiques et techniques telles que l'environnement sont loin des
préoccupations spirituelles ou religieuses, mais dans la foi
bahá'íe, avec sa perspective holistique de la
société, l'environnement a toujours fait partie des
composants essentiels de la civilisation mondiale, tant
matérielle que spirituelle, dont elle s'efforce de poser des
fondations.
L'évolution de la pensée environnementale
Dès le dix-neuvième siècle, les premiers soucis
environnementaux étaient la protection des sites spectaculaires
naturels dans les parcs et réserves, ainsi que la gestion
durable et la restauration des forêts et des zones
boisées. Déjà dans les années 1920, un
bahá'í, Richard St. Barbe Baker fut un pionnier dans
cette matière. Ses efforts pour sauver les arbres et le
reboisement en Afrique, en Palestine, et ensuite dans le monde entier
ont été encouragés et soutenus par Shoghi Effendi,
le Gardien de la foi bahá'íe, qui est devenu le premier
membre à vie de son association, les Hommes des Arbres (Men of
the Trees) vers 1930.
Ensuite, dès 1962, les problèmes de pollution sont
devenus une préoccupation importante, voir par exemple le livre "Silent Spring"
de Rachel Carson sur l'impact environnemental des pesticides; puis les
marées noires du "Torrey Canyon" en 1967, à Santa Barbara
en 1969, et de l’ "Amoco Cadiz" en 1978. L'explosion de
l'usine de Seveso en Italie a révélé le danger des
dioxines, et celui de Bopal en Inde a tué des milliers de
personnes. Le débat sur le nucléaire est devenu une
préoccupation primordiale avec l'explosion de la centrale
nucléaire de Tchernobyl. Les effets sur la santé de
produits tels que l'amiante et les polluants organiques persistants
(POP) ont conduit à leur interdiction.
Avec la première journée de la terre (Earth Day) en 1970,
aux États-Unis, la société civile a
commencé à réagir. Ensuite, en 1972, les
gouvernements se sont réunis à la conférence de
l'ONU sur l'environnement humain à Stockholm à laquelle
la Communauté internationale bahá'íe a
également participé. L'étude sur les limites
à la croissance publiée par le Club de Rome, en 1972,
lança le débat sur les impacts de la forte croissance
économique et démographique sur l’épuisement
des ressources planétaires et la capacité à
maintenir la vie. Pendant quinze ans, son action principale visait la
création de ministères de l'environnement et l'adoption
de lois et de règlements anti-pollution.
Ce n'est qu'en 1987, avec la Commission de l'ONU sur l'environnement et
le développement, présidé par le premier ministre
Norvégien Gro Harlem Brundtland, que le débat s'est
élargi pour remettre en question la civilisation
matérialiste occidentale, qui avec sa consommation excessive des
ressources n’avait pas pris en compte la pauvreté dans le
monde et n’avait pas pensé aux conséquences pour
les générations futures. On parlait alors du
développement durable, de la perte de la diversité
biologique et du changement climatique.
L'apogée fut la Conférence de l'ONU sur l'environnement
et le développement, le Sommet de la Terre à Rio de
Janeiro en 1992, où plus de cent chefs d'états et de
gouvernements ont adopté l’Agenda 21 (Action 21)
prévoyant le plan d'action du développement durable pour
le 21ème siècle. Les bahá'ís furent
très actifs à Rio et ont pu faire une déclaration
à ce sommet.
Malgré quelques progrès enregistrés dans les pays
industrialisés, l'environnement mondial a continué
à se dégrader, principalement du fait de la domination
des intérêts économiques et politiques à
court terme ainsi que de la croissance de la population dans les pays
sous-développés. Ce n'est que récemment,
qu’à cause des signes alarmants du changement climatique,
l'environnement est redevenu prioritaire dans les préoccupations
des gouvernements.
Perspective bahá'íe sur l'environnement
L'intérêt bahá'í pour l'environnement
découle naturellement du principe de l'harmonie entre la science
et la religion. «Dans la recherche de la vérité, la
science et la religion - les deux systèmes de connaissances
à la portée de l'humanité - doivent avoir une
influence réciproque, proche et continuelle. La
perspicacité et les compétences que représentent
les aboutissements scientifiques doivent se tourner vers la puissance
des responsabilités spirituelles et des principes moraux, afin
d'assurer leur application correcte.» (1)
L’approche de l'environnement doit être à la fois
scientifique et spirituelle, ces deux aspects étant
complémentaires. «La nature est la volonté de Dieu,
elle est son expression dans et à travers le monde
contingent.»(2)
«Si... tu considères l'intime essence de toutes choses, et
l'individualité de chacune en particulier, tu contempleras les
signes de la miséricorde de ton Seigneur dans chaque chose
créée, et tu verras les rayons diffus de ses noms et
attributs à travers le monde de l'existence....» (3).
On trouve dans les écrits bahá'ís une conception
écologique de la nature: «...tous ces êtres
innombrables qui peuplent le monde, l'homme, l'animal, le
végétal, le minéral, quels qu'ils soient, sont
chacun des composés d'éléments; et il n'y a pas de
doute que cette perfection de tous les êtres provient de ce que
Dieu les a créés par une combinaison
d'éléments mélangés en proportions
déterminées, de la nature de leur constitution ainsi que
de l'interaction des autres êtres. Par conséquent, tous
les êtres sont liés les uns aux autres comme les anneaux
d'une chaîne; et cette assistance, cette influence
réciproques sont de l'essence des choses: elles produisent
l'existence, la croissance et le développement des
créatures.» (4)
L'être humain n'est pas indépendant de l'environnement,
comme le monde occidental a voulu le croire. «Nous ne pouvons
séparer le coeur humain de l'environnement extérieur, et
déclarer qu'une fois l'un des éléments
corrigés, tout s'améliorera. L'homme fait partie du
monde. Sa vie intérieure modifie l'environnement et est à
son tour profondément affectée par celui-ci. Leur action
est interdépendante et tout changement permanent dans la vie
d'un homme résulte de ces réactions mutuelles.» (5)
Il est donc normal que la communauté bahá'íe se
soit orientée très tôt vers la protection de
l'environnement et la gestion sage de ses ressources. L'illustration
parfaite de cet équilibre entre la nature et la
spiritualité se trouve dans les jardins autour des lieux
sacrés baha'is, sur le Mont Carmel à Haïfa, en
Israël. Conçus d'une manière écologique, ils
forment, au centre, un cadre de beauté et
d’harmonie, avec, sur les côtés, une
transition graduelle vers la flore sauvage de la montagne.
Les origines des problèmes environnementaux
On trouve dans les écrits bahá'ís et les
déclarations de la Communauté internationale
bahá'íe une condamnation sévère de la
société matérialiste qui a
accéléré la plupart des graves
problèmes de l'environnement d'aujourd'hui. «La culture de
consommation, héritière par défaut de
l'évangile matérialiste de l'amélioration humaine,
ne s'embarrasse pas de la nature éphémère des buts
qui l'inspirent. Pour la minorité qui peut se l'offrir, les
avantages recueillis sont immédiats et la raison n'est pas un
argument. Enhardie par la faillite de la morale traditionnelle,
l'avancée du nouveau credo n'est en fait rien de plus que le
triomphe d'une impulsion animale, aussi instinctive et aveugle que
l'appétit, libérée finalement du frein des
sanctions supranaturelles. Des tendances fustigées
universellement dans le passé comme défauts moraux sont
devenues des nécessités du progrès social.
L'égoïsme devient une ressource commerciale
appréciée ; le mensonge s'invente un habit d'information
publique.... Sous des euphémismes appropriés,
l'avidité, la luxure, la paresse, l'orgueil – la violence
même – sont largement acceptés, et acquièrent
de plus une valeur sociale et économique.» (6)
Cette consommation excessive des
ressources et des énergies fossiles épuise les sols et
les ressources en eau, et engendre le changement climatique tout en
générant des quantités impressionnantes de
déchets.
C'est la civilisation occidentale elle-même, dont la croissance
n’a jamais été remise en cause, qui met en danger
la capacité de l'environnement à maintenir la
stabilité de ses fonctions essentielles. Il y a plus de cent ans
déjà, Bahá'u'lláh, fondateur de la foi
bahá'íe, nous a averti des dangers d'un
développement matériel excessif. «La civilisation,
tant vantée par les représentants les plus
qualifiés des arts et des sciences, apportera de grands maux
à l'humanité, si on lui laisse franchir les limites de la
modération.... La civilisation, d'où découle
tant de bien lorsqu'elle reste modérée, deviendra, si
elle est portée à l'excès, une source aussi
abondante de mal.... Le jour approche où elle
dévorera de ses flammes toutes les cités du monde.»
(7)
Les problèmes de l'environnement ont leur racines dans le
système économique qui, avec ses valeurs
matérialistes et ses perspectives à court terme,
déstabilise le monde actuel. «Autre défi pour la
pensée économique : la crise de l'environnement. Il est
aujourd'hui, froidement démontré que les théories
fondées sur la croyance que la nature possède une
capacité illimitée à répondre à
toutes les exigences humaines sont fallacieuses. Une culture qui
attache une valeur absolue à l'expansion, à l'acquisition
et à la satisfaction des besoins se voit confrontée
à une évidence : de tels buts ne suffisent pas, en soi,
à déterminer une politique cohérente. D'autre
part, toute prise de décision pour tenter de résoudre les
questions économiques qui ne tiendrait pas compte du fait que la
plupart des problèmes importants sont plus mondiaux que locaux,
serait tout à fait inadéquate.»
«L'espoir fervent que cette crise morale pourra être
résolue, d'une manière ou d'une autre, en déifiant
la nature elle-même, n'est qu'un signe évident du
désespoir intellectuel et spirituel engendré par la
crise. Même si elle est bienvenue, la reconnaissance que la
création est un tout organique et que l'humanité a le
devoir d'en prendre soin ne suffit pas à influencer la
conscience des peuples au point de créer un nouveau
système de valeurs. C'est seulement en franchissant un seuil
décisif dans la compréhension, à la fois
scientifique et spirituelle, que l'espèce humaine aura la force
d'assumer les responsabilités que l'histoire lui impose.» (8)
Quelques solutions proposées
Ce n'est pas par la critique qu'on peut résoudre des
problèmes environnementaux, même si cela peut nous aider
à voir où et comment agir. C'est au niveau des valeurs
qu'on trouve l'origine du problème. La Communauté
internationale bahá'íe nous montre comment une
valorisation spirituelle et scientifique de la nature peut conduire
à des solutions très pratiques face à
l'environnement. «Les Ecritures Bahá'íes
décrivent la nature comme le miroir du sacré. Elles
enseignent que la nature doit être valorisée et
respectée, mais non pas idolâtrée. Plutôt,
elle doit soutenir les efforts de l'humanité pour promouvoir une
civilisation à l'avancée perpétuelle. Toutefois,
eu égard à l'interdépendance de tous les segments
de la nature, et de l'importance de l'évolution et la
diversité "dans la beauté, l'efficacité, et la
perfection du tout", aucun effort ne doit être
ménagé afin de conserver à la terre sa
bio-diversité et son ordre naturel.»
«En tant que tributaires, ou régisseurs des vastes
ressources et de la diversité biologique de la planète,
l'humanité doit apprendre à exploiter les ressources
naturelles de la terre, qu'elles soient renouvelables ou non, d'une
manière qui en assure le caractère durable et
équitable jusque dans un avenir lointain. Cette régie
exigera une connaissance pleine et entière des
conséquences écologiques possibles, afférentes
à toute activité humaine. Elle obligera l'humanité
à tempérer ses actions avec de la modération et de
l'humilité, se rendant compte que la vraie valeur de la nature
ne peut s'exprimer en termes économiques. Elle exigera aussi une
profonde compréhension du monde naturel et de son rôle
dans le développement collectif de l'humanité - aussi
bien matériel que spirituel. Ainsi, l'exploitation d'un
environnement durable doit être considérée non pas
comme une responsabilité discrétionnaire, que
l'humanité peut peser contre d'autres intérêts en
lice, mais plutôt comme une obligation fondamentale qui doit
être assumée - une condition préalable au
développement spirituel ainsi qu'à la survie physique de
l'individu.» (9)
Ainsi inspirés, de nombreux bahá'ís se sont
efforcés de chercher des solutions aux problèmes de
l'environnement dans leur région. A Vanuatu, il y a quelques
années déjà, un mécanicien
bahá'í a trouvé le moyen de remplacer l'huile
diesel importée par l'huile de coco locale, plus économe
et moins polluante dans les véhicules. au Tchad, une association
d'inspiration bahá'íe enseigne des méthodes de
développement durable afin de restaurer la pêche en
rivière. A Fidji, un biologiste bahá'í a
formé les femmes des villages côtiers dans la plantation
des coraux, pour restaurer les récifs coralliens dont elles
dépendent pour la pêche. D'autres bahá'ís
ont fait carrière dans les domaines liés à
l'environnement, et ont créé une association
d'inspiration bahá'íe, le Forum international pour
l'environnement (http://www.bcca.org/ief) avec des membres dans une cinquantaine de pays.
On peut également citer, parmi les programmes de
développement durable initiés par les communautés
baha’ies à travers le monde, celui du «Barli
Institute» dans l’état du Madhya Pradesh, en Inde.
Ce programme de formation s’adresse spécifiquement aux
jeunes femmes des régions rurales, et son but est de
développer chez elles une conscience environnementale. Ces
jeunes femmes sont considérées comme des
actrices-clés pour promouvoir un profond changement social, pas
seulement en termes de pratiques protégeant
l’environnement, mais aussi dans le domaine de la santé,
de la nutrition, de l’éducation et du développement
moral.
Ce qui prime dans le fonctionnement de cet institut est
l’éducation et la formation des femmes, qui sont
essentielles pour le progrès de la société. En
effet, les femmes sont les premières éducatrices de leurs
enfants et cette éducation influence l’esprit et la
conduite de la nouvelle génération, aussi bien des hommes
que des femmes.
Etablie en 1985 cette institution, bahá’íe à
l’origine et dédiée aux femmes en milieu rural, est
devenue une entité indépendante en septembre 2001 avec
son propre conseil d’administration, en prenant le nom
d’Institut Barli pour le développement des femmes en
milieu rural.
L’objectif de cet institut est que les jeunes femmes,
renforcées par leur formation en lecture et écriture, en
nutrition, en conservation, en hygiène, ainsi qu’en
génération de revenus, retournent dans leurs villages et
deviennent des piliers pour leurs familles et communautés. Elles
sont ainsi actrices du changement social et physique de leur
environnement. Le mot «Barli» est le terme local qui
désigne le pilier central de la maison, il a été
choisi comme nom pour l’institut.
Malgré le changement de nom, le programme de l’institut
est encore inspiré par les principes bahá’ís
qui mettent l’accent sur l’égalité des droits
des femmes et des hommes, et qui défendent vigoureusement les
mesures favorisant l’éducation des jeunes filles et des
femmes.
Depuis 17 ans, l’institut en a formé plus de 1500.
Les programmes sont entièrement libres, et les formateurs sont
originaires des tribus des districts du Madhya Pradesh. C’est une
région marquée par une pauvreté chronique et par
la malnutrition, dues en partie à des mauvaises récoltes
et à des sécheresses fréquentes, à la
diminution de l’eau potable ainsi qu’à un sol peu
arable. Beaucoup de ces problèmes ont été
accentués par la déforestation, causée en partie
par la recherche de bois de chauffage, et l’érosion qui
s’ensuit.
Au milieu des années 1980, l’institut commença
à utiliser des marmites solaires pour sa propre cuisine et
à promouvoir leur utilisation dans les villages qu’il
desservait. En 1998, une première installation de cuisson
solaire de plus grande dimension (parabole de 7,5m de diamètre)
fut mise en place dans l’institut, et une deuxième en
2000. Ces larges réflecteurs, conçus par le
spécialiste allemand en énergie solaire Wolfgang
Scheffler, ont servi de modèles pour le développement de
la technique de cuisson à l’énergie solaire
à l’institut et à ses étudiantes. Il en est
ressorti un modèle permettant d’accumuler et de mettre en
réserve la chaleur afin d’assurer la capacité de
cuisson à toute heure.
Ce modèle a permis à l’institut de faire la cuisine
toute l’année avec l’énergie solaire et
progressivement à mettre en place de telles installations dans
les villages de la région desservie par ce dernier. Pour
garantir une bonne utilisation de ces installations, l’institut
donne une formation aux jeunes femmes utilisatrices, et leur demande
une participation de 10% aux coûts, le reste étant pris en
charge par deux organisations non-gouvernementales autrichiennes.
En effet, la formation des indigènes à
l’utilisation des nouvelles technologies est une action
très importante dans les zones rurales, car trop souvent les
nouveaux équipements sont abandonnés et mis hors
d’usage s’ils ont été introduits dans ces
milieux sans instruction et formation adéquates.
La présence et les activités de l’institut sont
très importantes pour les projets de développement
durable; le processus de formations commence lorsque les jeunes
étudiantes arrivent et voient comment les besoins propres de
l’institut en légumes sont produits sur place, et que la
majeure partie des repas est cuisinée grâce aux fours
solaires à large réflecteur qui y sont installés.
Le procédé est bien accueilli par la population, et
commence à se répandre dans la région. Les
initiateurs ont bon espoir de contribuer à l’arrêt
de la déforestation, qui a été une plaie pour leur
district.
L’usage de l’énergie solaire n’est pas le seul
élément de conservation environnementale enseigné
par l’institut. Les étudiantes apprennent que
préserver l’environnement est une responsabilité
spirituelle et un service vital à la communauté. Elles
sont formées à planter des arbres et à les
soigner, à trouver de nouvelles méthodes pour la
récolte des graines. Elles apprennent également à
utiliser d’autres moyens naturels de conservation et
d’économie d’énergie tels que: le compostage,
la vermiculture, l’utilisation de produits biodégradables
et la gestion des déchets ménagers.
D’autre part, une refonte des buts du système
économique serait un pas essentiel vers une meilleure gestion de
l'environnement. «Des ressources allouées à des
agences ou programmes ayant des effets néfastes sur l'individu,
les sociétés et l'environnement doivent être
redistribuées et dirigées vers ceux plus à
même de favoriser un ordre social dynamique, juste et
prospère. De tels systèmes économiques seront de
nature fortement altruiste et coopérative ; ils fourniront des
emplois utiles et aideront à l'éradication de la
pauvreté dans le monde.» (10)
Parmi les efforts des baha'is dans ce domaine, citons l’European Bahá'í Business Forum (http://www.ebbf.org), dont les membres oeuvrent pour un monde des affaires plus responsable et plus durable.
Pour l'individu, un changement des valeurs est aussi nécessaire.
Au lieu de se faire manipuler pour la consommation à outrance,
on peut donner plus de priorité à des valeurs sociales et
spirituelles qui procurent un bonheur plus durable. Le principe de
modération s'applique aussi bien aux individus qu'à la
société. Comme Bahá'u'lláh a dit, celui qui
cherche la spiritualité «doit se contenter de peu, et ne
jamais demander plus qu'il n'a.» (11)
Si chacun partageait cet état d'esprit, il y aurait suffisamment
de ressources planétaires pour tous. Mais pour y parvenir,
il faut l'éducation pour un développement durable. Dans
ce domaine aussi, beaucoup de bahá'ís se sont
lancés. Irma Allen de Swaziland a gagné un prix de l'ONU
pour ses activités dans l'éducation pour l'environnement
en Afrique. La communauté bahá'íe de la
Nouvelle-Calédonie a organisé des camps
d'éducation à l'environnement pour les jeunes. En
Amérique latine, où les programmes d'éducation
d'inspiration bahá'íe sont très avancés,
l'éducation aux valeurs morales et à une vie rurale
durable est fondamentale.
Il est évident que le changement climatique, la protection de la
couche d'ozone, la sauvegarde de la biodiversité, la pollution
transfrontalière ne peuvent être traités qu'au
niveau international. Donc, des mécanismes de gouvernance
internationale pour l'environnement doivent être mis en place.
Leur bon fonctionnement dépendrait également des valeurs
sur lesquelles ils seraient fondés. «La justice est la
seule force qui puisse transformer la conscience naissante de
l'unité de l'humanité en une volonté collective
capable d'ériger sereinement les structures nécessaires
à une vie communautaire mondiale. A une époque où
il est de plus en plus facile aux peuples du monde d'avoir accès
à une information multiforme et à une grande
diversité d'idées, la justice s'imposera comme le
principe directeur d'une organisation sociale réussie. Il faudra
de plus en plus souvent soumettre le projet de développement de
la planète à l'éclairage impartial de ses
normes....».
«Le souci de justice protège la tâche de
définir le progrès de la tentation de sacrifier le
bien-être de la majeure partie de l'humanité - voire de la
planète elle-même - au nom de progrès
technologiques dont les retombées ne bénéficient
qu'à des minorités privilégiées. En
matière de conception et de planification, il empêche que
des ressources limitées ne soient détournées au
profit de projets étrangers aux priorités
économiques et sociales essentielles d'une communauté.
Mais surtout, seuls les programmes de développement susceptibles
de satisfaire les besoins de l'humanité et dont les objectifs
sont considérés justes et équitables auront des
chances de gagner l'adhésion de masses dont dépend leur
mise en oeuvre.» (12)
Les efforts énormes qui doivent être entrepris pour
diminuer les effets du changement climatique exigent un partage juste
des coûts et des bénéfices. Le refus actuel de
certains pays d'accepter leur part de responsabilité a beaucoup
ralenti l'action nécessaire. Le fait que les pauvres vont subir
les conséquences les plus sévères qu’ils
aient peu ou pas du tout contribué au problème,
soulève aussi des questions éthiques fondamentales. La
Communauté internationale bahá’í'e a
attiré l'attention des gouvernements sur ses questions en
organisant un débat sur «les dimensions
éthiques du changement climatique» à l'ONU pendant
la Commission du développement durable en mai 2007. Les deux
dernières conférences annuelles du Forum international
pour l'Environnement à Oxford et Ottawa ont aussi abordé la question du changement climatique.
Les bahá'ís ont une vision très claire des
institutions mondiales qui permettraient une bonne gestion de
l'environnement planétaire. «L'unité de la race
humaine telle que la conçoit Bahá'u'lláh implique
l'établissement d'une communauté universelle où
toutes les nations, races, classes et croyances seront
étroitement et définitivement unies, où
l'autonomie des États-membres et la liberté personnelle,
ainsi que l'initiative des individus seront définitivement et
intégralement sauvegardées. Cette communauté, pour
autant que nous puissions l'imaginer, comportera une législature
universelle dont les membres, en tant que représentants de la
race humaine, auront le contrôle suprême de toutes les
ressources des nations qui la composeront, et édicteront les
lois nécessaires pour régler la vie de tous les peuples
et de toutes les races, pour répondre à leurs besoins et
harmoniser leurs relations.... Les ressources économiques du
monde seront organisées, toutes les sources de matières
premières seront exploitées à plein rendement,
tous les marchés coordonnés et développés,
et la distribution des produits équitablement
réglée.... Un système de fédération
universelle qui régira la terre entière et exercera sur
ses ressources, d'une ampleur inimaginable, une autorité
à l'abri de toute discussion; un système qui... tendra
à l'exploitation de toutes les sources d'énergie
disponibles à la surface de la planète..., tel est le but
vers lequel les forces unifiantes de la vie poussent
l'humanité.» (13)
Les problèmes de l'environnement sont symptomatiques de la
désunion d'un monde où les gouvernements s'accrochent
à la souveraineté nationale et où «le
dogmatisme matérialiste, après avoir
pénétré et maîtrisé les centres de
pouvoir et d'information à l'échelle mondiale, fit en
sorte qu'aucune voix rivale ne puisse mettre en cause les projets de
l'exploitation économique mondiale.» (14)
L'expérience des trente dernières années montre
que les connaissances scientifiques des défis environnementaux
ne suffisent pas à changer le comportement des gouvernements ou
des individus. Il faut agir au niveau des valeurs pour que le coeur et
la tête soient en harmonie. Ce n'est qu'en construisant une
civilisation à la fois matérielle et spirituelle, telle
qu'elle est préconisée par la foi bahá'íe,
que nous pourrons résoudre les problèmes de
l'environnement et éviter une catastrophe planétaire.
Notes
(1) Communauté internationale bahá'íe, 1998. Place et importance de la spiritualité dans le développement
(2) Bahá'u'lláh, Les Tablettes de Bahá'u'lláh, p. 148
(3) 'Abdu'l-Bahá, Sélection des Écrits d''Abdu'l-Bahá, 19, p. 40
(4) 'Abdu'l-Bahá, Les leçons de Saint-Jean d'Acre, Paris, PUF, 5e éd., 1982, chpt. 46, p. 184
(5) Le secrétaire de Shoghi Effendi, extrait d'une lettre du 17 février 1933 à un croyant
(6) Communauté internationale bahá'íe, 2005. Une seule et même Foi, p. 7
(7) Bahá'u'lláh, Extraits des Ecrits de Bahá'u'lláh, 163, p. 225
(8) Communauté internationale bahá'íe, 1995, Vers une humanité prospère
(9) Communauté internationale bahá'íe, 1998. Place et importance de la spiritualité dans le développement
(10) Communauté internationale bahá'íe, 1998. Place et importance de la spiritualité dans le développement
(11) Bahá'u'lláh, Le Livre de la Certitude (Kitáb-i-Iqán) p. 107
(12) Communauté internationale bahá'íe, Vers une humanité prospère, 1995
(13) Shoghi Effendi, L'Ordre mondial de Bahá'u'lláh, p. 197-199
(14) Communauté internationale bahá'íe, 2005. Une seule et même Foi, p. 3

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Last updated 29 May 2008