L’ORDRE ADMINISTRATIF BAHÁ’Í

Un système d’organisation mondiale

On peut définir le vingtième siècle en une phrase : une longue et unique recherche d’organisation mondiale. Au cours de ces 90 dernières années, la question-clé, sous-jacente aux mouvements, conflits et institutions les plus en vue, a été la suivante : comment l’humanité doit-elle s’organiser ? À l’Ouest, malgré ses succès, le multipartisme semble de plus en plus faire la preuve de ses limites. Dans de nombreux pays, la corruption, le dénigrement, les campagnes négatives, le vote faussé et l’indifférence ont provoqué un tel désintérêt des électeurs que toute l’intégrité du système se trouve menacée. À l’Est, les premiers balbutiements de la démocratie sont menacés par une foule de problèmes et de pressions, dont le manque d’expérience, les tensions ethniques séculaire et les aspirations culturelles opposées ne sont pas les moindres.

La communauté mondiale bahá’íe propose une solution originale.

Conformément au cadre administratif fixé par Bahá’u’lláh, elle gère ses affaires en s’appuyant sur un système de conseils, ou assemblées, de neuf membres librement élus aux niveaux local, national et international. Cette hiérarchie confie le pouvoir de décision au niveau le plus bas possible. Le système combine les meilleurs éléments d’une démocratie de base à une coordination rendue opérationnelle à l’échelle mondiale. Ses principes établissent un équilibre original entre la liberté individuelle et le bien collectif.

Le processus d’élection exclut toute sorte de cabale électorale, campagne ou de mises en candidature. Pourtant, il offre à chaque électeur la possibilité la plus large possible de choisir son candidat. L’assemblée locale est élue chaque année au scrutin secret. Le 21 avril, tous les bahá’is adultes de la communauté se rassemblent pour procéder à l’élection. Après un moment de prière et de recueillement, les participants écrivent les noms des neuf personnes qui leur semblent les plus aptes pour administrer les affaires de la communauté. L’aspect le plus surprenant de ce processus est l’absence d’un système de candidature. En effet, tous les adultes de la communauté bahá’íe sont éligibles. Ce sont les neuf individus qui recoivent le plus grand nombre de voix qui sont élus. Ceux dont la maturité, l’expérience et l’humilité sont reconnues ont donc plus de chances d’être élus que ceux qui pourraient tirer vanité de cette élection ou administrer les affaires pour leur propre profit. Bien que ce système soit tout à fait original, il est, en pratique, étonnamment efficace. Le principe du système électoral bahá’í est de mettre sur le devant de la scène des responsables désintéressés, possédant des capacités intellectuelles et une certaine sagesse.

La prise de décision

La prise de décision au sein des assemblées bahá’íes se fait dans la recherche du consensus par un processus de consultation, qui cherche l’accord des membres de l’assemblée.

Les assemblées nationales et l’assemblée internationale, (la Maison Universelle de Justice), appliquent les mêmes règles en ce qui concerne les élections et la prise de décision. Les assemblées nationales se forment dès qu’il existe une base suffisante de communautés bahá’íes locales dans un pays ou territoire donné. Comme au niveau local, les mises en candidature sont interdites ainsi que les campagnes électorales ; on tient compte des qualités morales et ce sont les hommes et les femmes qui ont recueilli le plus de voix qui sont élus. Ici, cependant, les électeurs sont délégués à une Congrès national et ils peuvent voter pour tout adulte bahá’í résidant dans le pays. Ces délégués sont choisis chaque année au scrutin secret par les adultes bahá’ís qui résident dans une unité électorale définie.

À la tête de la structure administrative bahá’íe se trouve la Maison Universelle de Justice. Composée de neuf membres, ce conseil est élu tous les cinq ans par l’ensemble des membres des assemblées nationales. Tout en étant une institution internationale, la Maison Universelle de Justice est étonnamment proche de la base de la communauté. L’élection finale n’est qu’au troisième degré par rapport à l’électeur de base. Il est intéressant de noter que, comme les membres des assemblées nationales et locales, les membres de la Maison Universelle de Justice n’ont aucune autorité ni pouvoir personnels — aussi respectés et honorés soient-ils en tant qu’individus. Le culte de la personnalité est ainsi évité.

« Les Bahá’is, un regard sur la communauté mondiale
de la foi bahá’íe », Paris, Librairie bahá’íe, 1993, p. 41-46.