bahá'u'lláh

BAHÁ’U’LLÁH

Au milieu du siècle dernier, l’un des cachots les plus célèbres du Proche-Orient était la « Fosse noire » de Tihrán. Ancien réservoir souterrain d’un bain public, il n’avait qu’une seule ouverture en contrebas d’un escalier en pierre de trois volées de marches. Les prisonniers, recroquevillés dans leurs excréments, y croupissaient dans l’obscurité opaque, le froid souterrain et la puanteur.

C’est dans ce lieu sinistre qu’un homme, comme les autres en apparence, va être appelé par Dieu pour apporter à l’humanité une nouvelle révélation religieuse ; nous sommes en 1852. Cet homme est un noble persan, connu aujourd’hui sous le nom de Bahá’u’lláh. C’est en prison, les pieds et le cou enchaînés, qu’il reçut la vision du plan de Dieu pour l’humanité. Cet événement est comparable à ces grands moments de l’histoire où Dieu se révéla à ses premiers messagers : celui où Moïse se tint devant le buisson ardent ; où Bouddha reçut la révélation sous l’arbre Bodhi ; où le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, descendit sur Jésus et enfin celui où l’archange Gabriel apparut à Muhammad.

Les événements de la « Fosse noire » vont être à l’origine d’une révélation religieuse qui, quarante ans durant, produira des centaines de volumes de livres, épîtres et lettres qui constituent aujourd’hui le fondement de l’écriture sacrée de la foi bahá íe. Dans ses Écrits, Bahá’u’lláh esquisse le cadre de la reconstruction de la société humaine à tous les niveaux : spirituel, moral, économique, politique et philosophique.

Bahá’u’lláh, dont le nom, en arabe, signifie « La Gloire de Dieu », est né le 12 novembre 1817 à Tihrán. Fils d’un ministre aisé, Mírzá Buzurg-i-Núrí, il s’appelait de son vrai nom Husayn-'Ali et ses ancêtres remontaient aux grandes dynasties de l’Iran impérial. Jeune homme, Bahá’u’lláh mena une vie princière, recevant une éducation essentiellement axée sur l'équitation, l’escrime, la calligraphie et la poésie classique. En octobre 1835, Bahá’u’lláh épousât Ásiyih Khánum, fille d’un autre noble. Ils ont eu trois enfants : une fils, ‘Abdu’l-Bahá, né en 1844, une fille Bahiyyíh, née en 1846 et un fils, Mihdí, né en 1848. Bahá’ú’lláh refuse la carrière ministérielle qui lui était ouverte et préfère consacrer son énergie à diverses actions humanitaires qui lui ont valu le nom de « Père des pauvres ».


1844 : la foi bábíe

Cette existence privilégiée prit rapidement fin après 1844, lorsque Bahá’u’lláh devient l’un des chefs de file du mouvement bábí. Précurseur de la foi bahá íe, le mouvement bábí a balayé l’Iran comme un ouragan et a déclenché de violentes persécutions de la part des autorités religieuses. Après l’exécution de son fondateur, le Báb, Bahá’u’lláh est arrêté et emmené à Tihrán, pieds et cou enchaînés. Des membres influents de la cour et du clergé réclamaient la peine de mort. Mais Bahá’u’lláh, que sa réputation personnelle, la position sociale de sa famille et les protestations d’ambassades occidentales protégeaient, y échappa. On le jeta dans la célèbre « Fosse noire », ou síyah-chál, en persan. Les autorités espéraient qu’il y trouverait la mort. Au contraire, ce cachot devint le lieu d’une nouvelle révélation. « Cela ne vient pas de moi mais de Celui qui est le Tout-Puissant et l’Omniscient. Et il m’a enjoint d’élever la voix entre le Ciel et la Terre »

Après avoir été libéré, Bahá’u’lláh a été banni de son pays natal. Commenca alors pour lui quarante années d’exil, d’emprisonnements et de persécutions. Il partit le 12 janvier 1853, pour Baghdád avec sa famille. Pendant les dix prochaines années, sous sa direction, la communauté bábíe grandît et la réputation de Bahá’u’lláh se répandît à travers la ville. Craignant que ce succès ne réveille en Perse l’enthousiasme populaire pour le mouvement, le gouvernement du Sháh réussit à convaincre les autorités ottomanes de l’envoyer à nouveau en exil. En avril 1863, avant de quitter Baghdád, que Bahá’u’lláh et ses compagnons campèrent dans un jardin sur les bords du Tigre du 21 avril au 2 mai. C’est à ce moment, aux bábis qui l’entouraient, Bahá’lláh déclara qu’il était le Promis annoncé par le Báb - annoncé en fait par toutes les Écritures saintes du monde. Le jardin est devenu célèbre sous le nom de jardin de Ridván. L’anniversaire des douze jours que Bahá’u’lláh y a passé est célébré dans le monde bahá’í comme le Festival de Ridván, le plus joyeux de tous les festivals.

Au début de septembre 1867, Bahá’u’lláh a adressé une série de lettre aux dirigeants du monde de l’époque, à Napoléon III, à la reine Victoria, à l’empereur Guillaume Ier , au tsar Alexandre II de Russie, à l’empereur François Joseph, au Pape Pie IX, au sultan ‘Abdul-Aziz et au Roi persan, Nasirid-Din Sháh. Dans ces lettres, Bahá’u’lláh proclame ouvertement sa position. Il parle de l’aube d’un nouvel âge, mais il prédit des bouleversements catastrophiques de l’ordre politique et social. Pour faciliter la transition, il prie instamment les dirigeants du monde de gouverner avec justice. Il lance un appel à la mobilisation en faveur du désarmement et demande aux autorités de se regrouper en une forme de confédération. Ce n’est qu’en luttant ensemble contre la guerre, dit-il, qu’une paix durable pourra être établie.

L’agitation continuelle des opposants pousse le gouvernement turc à envoyer les exilés à Saint-Jean-d’Acre, ville pénitentiaire située en Palestine ottomane.C’est dans cette ville que Bahá’u’lláh est arrivé avec sa famille, le 31 août 1868, pour la dernière étape d’un long exil. Il devait passer à Saint-Jean-d’Acre et dans ses environs le restant de sa vie, soit encore vingt-quatre ans.

Avec le temps, l’esprit des enseignements de Bahá’u’lláh triompha du sectarisme et de l’indifférence. Plusieurs gouverneurs de la ville et membres du clergé, après avoir examiné le contenu des enseignements de cette Foi, en étaient même devenus de fervents admirateurs. Tout comme à Baghdád et à Andrinople, où il avait aussi été exilé, sa personnalité morale avait peu à peu forcé le respect et l’admiration. Le 29 mai 1892, s’acheva la vie terrestre de Bahá’ú’lláh. Sa dépouille repose dans une maison entourée de jardins, à ‘Akká, Israël, où il a vécu ses derniers jours. Pour les bahá'ís, c’est le lieu le plus saint qui existe sur la terre.


(Tiré de : « Les Bahá’is, un regard sur la communauté mondiale de la foi bahá'íe », Paris, Libraire bahá íe, 1993, p. 17-23.)